vendredi 26 octobre 2007

Arrivage d'Euros frais

C'est la fête à Rokaz ces derniers jours, j'ai de l'argent sur mon compte (merci à vous chers amis...) et j'ai pu embaucher à tour de bras. Il y a maintenant 15 ouvriers qui travaillent 6 jours par semaine sur le chantier. J'essaie de mener cette petite troupe le mieux possible tout seul, Yan ayant déserté le chantier pour fabriquer chez lui les prises d'escalade.
La meilleure nouvelle c'est que j'ai trouvé deux menuisiers et que je ne suis plus obligé de me taper le boulot de la coupe et du rivetage des plaques de bois moi-même.
Le premier menuisier s'appelle Ronaldo, il est baraqué, travaille torse nu et est couvert de tatouages. C'est une grande gueule, il se vante d'aller tous les trois mois aux Etats-Unis pour se faire un paquet de thunes et brandit perceuse et scie circulaire comme des gros revolvers. Il travaille vite mais entre chaque plaque de bois il laisse des vides encore plus grands que ceux que je laissais. C'est un mec à surveiller en permanence, désagréable vous l'aurez compris et difficile à manager, il n'a jamais tort même quand c'est évident qu'il s'est trompé.
Le deuxième menuisier, Amarildo, vient de la favela, est aussi humble et modeste que Ronaldo est fier de lui, travaille plus lentement, mais fait des découpes tellement précises qu'entre deux quadrilatères de bois de deux mètres de côtés il ne laisse même pas une fissure de un millimètre. Lui je peux le laisser tout seul pendant des heures il reste toujours aussi concentré sur son travail.
Je les paie tous les deux 70 Reais par jour et ils ont l'air satisfaits.

J'ai embauché aussi 4 gars de la favela que je paie presque deux fois le salaire minimum (30 Reais par jour, soit 12 euros/j, la ruine...), ils bossent super bien et tout le monde est content. Deux d'entre eux percent et peignent la structure métallique avant d'y poser les plaques de bois. Et les deux autres sont en train de fabriquer le matelas qu'on mettra en dessous du bloc d'escalade pour amortir les chutes. Un bon plan, super écolo-barato. On récupère gratuitement un déchet particulièrement intéressant d'une fabrique de havaianas (les fameuses tongs brésiliennes) : les bouts de semelles en caoutchouc qui n'ont pas été utilisés. Ces deux ouvriers découpent 9 heures par jour ces rebuts de semelle en petits morceaux que l'on répartira en une couche de 40 cm à la base des blocs.






Ce soir comme tous les vendredis soirs tous les ouvriers sont passés un par un dans mon bureau pour les payer en cash, au black mais en leur faisant signer un reçu pour ma compta et pour donner un petit air sérieux à l'affaire. Ils mettent leurs précieux billets dans leur poche la plus sûre sans jamais les recompter et ces soirs-là ils sont toujours plus joyeux que les autres jours.

Il y a quelques jours, deux gros trous sont apparus au milieu de la toiture, à la première pluie tropicale le lendemain il y avait deux cascades en plein milieu du gymnase. Je suis allé mener l'enquête sur le toit et j'ai trouvé des restes de gros pétards. Je me suis souvenu qu'il y avait eu une grande soirée dans le bâtiment voisin la veille au soir. Lundi prochain je vais aller voir le syndique de l'immeuble pour tenter d'en changer le règlement intérieur : " Il est désormais interdit de balancer des feux d'artifice depuis votre fenêtre." Et dire qu'il y a à peine quelques mois c'était à une soirée que j'avais organisée avec des potes à Paris que les voisins avaient envoyés les flics à 5h00 du matin... Je suis désormais en train de devenir un vieux con de proprio !

Aujourd'hui j'ai eu un coup de fil du directeur de marketing de Snake, le plus grand fabriquant de chaussons d'escalade du brésil, à qui j'avais envoyé une proposition de partenariat il y a un mois avec plaquette et tout et tout. Il va me filer gratuitement une cinquantaine de paires de chaussons pour les louer dans la salle, le pied...

Je vous écris en attendant Zéca, mon colloc avec qui on doit partir ce week-end dans l'état de São paulo pour participer à une course de vélo réputée et en profiter pour grimper dans la région. Le hic c'est que Zéca était encore aujourd'hui à Manaus (à plus de 3000 km d'ici), que je ne sais pas quand il va rentrer, qu'il est minuit et que nous avons 7 heures de route pour aller là-bas, et qu'à cette course où tout le monde aura un super vélo de course je vais m'aligner avec un vieux VTT. Bref c'est mal barré cette histoire.



Vues de Belo Horizonte depuis le toit de Rokaz :





jeudi 25 octobre 2007

Le logo de Rokaz




Vous préférez lequel ?

lundi 22 octobre 2007

Des hauts et des bas

Souvent le soleil brille, le chantier avance bien, je rigole toute la journée avec les ouvriers et l’ambiance de travail est bonne, il y a des week-ends où je pars grimper sur des belles parois ou randonner dans des parcs nationaux magnifiques et je me dis que le Brésil est une terre bénie par les dieux, souvent le lundi il y a plus de 1000 Reais sur le compte bancaire de Rokaz et je peux acheter des électrodes, de la peinture et des rivets sans compter, il y a un matin deux nouveaux ouvriers sont arrivés, ils avaient l’air de bien travailler et ils sont restés, ce midi la balance indiquait 1300 g de nourriture dans l’assiette pour 5 Reais et c’était bon, presque tous les soirs au crépuscule quand le chantier s’arrête avec Yan nous passons une demi-heure à contempler notre œuvre, à nous dire que nous avons bien travaillé aujourd’hui tout en imaginant avec des étoiles dans les yeux notre salle remplie de grimpeurs et les belles voies d’escalade que nous tracerons bientôt le long de la structure métallique qui grandit chaque jour, et ces jours-là je me couche en me disant que je suis en train de réaliser le projet professionnel le plus motivant qui soit dans le pays le plus séduisant que j’ai jamais connu.

Il y a aussi des jours où le matin, il manque deux ouvriers parce qu’ils ont bu toute la nuit et qu’ils ne se sont pas levés, ou parce que la veille je leur ai payé un jour d’avance et qu’ils ont décidé de ne plus jamais réapparaître sur le chantier, il y a des jours où j’en ai ras le bol de couper et riveter des planches de bois pendant quatre heures par jour, où le sixième menuisier qui m’avait promis de venir pour faire ce travail à ma place me pose un sixième lapin, où il n’y a plus que 80 Reais sur le compte de Rokaz et je dois payer mes ouvriers le lendemain, il y des jours où je me fais insulter par un chauffard en roulant à vélo simplement parce que je roule à vélo, il y a des jours où il pleut et Rokaz prend l’eau, où je reçois de la mairie des nouveaux impôts à payer dont même mon comptable ne connaissait pas l’existence, il y a des jours où j’ouvre le journal et je ne lis que des histoires de politiques corrompus et de règlements de compte meurtriers entre gangs dans les favelas, il y a des jours où je me sens terriblement las de ce pays où la plupart des conversations des mecs tournent autour du football et des nanas bien roulées qui défilent face à eux dans la rue en se prenant toujours pour des starlettes parce qu’elles n’ont pas grand chose d’autre à leur offrir, un pays dont je me sens parfois terriblement las mais où je suis tellement endetté qu’il faudra bien que nos amours orageuses durent encore quelques temps.